aller vers L'Inde et son Héritage Culturel

LES PREMIERS «8000» D'HORIZONS NOUVEAUX

Texte © 2001 Nicolas Jaques
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Vous trouverez ici quelques récits de voyage et des reportages que nous avons publiés dans divers magazines.

Quittant la Suisse le 29 août avec sept clients, nous avons atteint Lhasa le 1er septembre. Nous avions choisi de rejoindre le Camp de Base via Lhasa, visitant ainsi les principaux centres culturels et religieux du Tibet Central, ceci étant la meilleure manière de bien s'acclimater pendant quelques jours pour une telle ascension, et aussi afin de rentrer chez nous un enrichis d'autre choses que de caillasse et de glace! Pendant une dizaine de jours, nous avons ainsi visité Lhasa, Gyantze et Shigatze, et passant une journée entière à Tingri pour nous dérouiller les jambes et nous relaxer dans les sources d'eau chaude.

A la date fatale du 11 septembre, nous sommes arrivés au Camp de Base Avancé (CBA) à 5600 m. Nous étions la première équipe à arriver là cette saison, et quelle ne fut pas notre horreur de voir les montagnes de détritus qui polluaient ce lieu. Nous nous sommes empressé d'en rassembler le plus possible pour y mettre le feu, malgré les protestations de nos Shrpas qui voyaient là de quoi courroucer les dieux!

Au fil des jours, les autres expéditions arrivaient au CBA, et après avoir installé une tente dépôt avant la traversée du glacier, nous avons établi le Camp-I à 6400 mètres, sur le premier plateau, puis quelques jours plus tard le Camp-II à environ 7000 mètres, sur le second plateau, offrant un panorama inoubliable. Pendant tout ce temps les conditions météo étaient très venteuses malgré le ciel bleu, et bien que nous ayons emmenés nos skis, nous avons vite réalisé que c'était plus fatiguant qu'autre chose et avons décider de les laisser derrière. Frédéric Roux fit un dépôt de tentes et de gaz sur l'arête sommitale, à 7500 mètres, sur une épaule offrant une vue extraordinaire. Ceci allait devenir notre Camp-III.

Après quelques jours de repos au CBA, nous sommes partis le 26 septembre pour aller dormir au C-I, puis le jour suivant au C-II. C'est là que François décida que cela lui suffisait et qu'il laissait tomber le sommet. Il alla néanmoins tout seul jusqu'au C-III par une belle matinée pour y faire son record d'altitude avant de retrouver le confort du CBA. Le 28 septembre nous atteignirent le site du C-III et installâmes nos tentes dans de très bonnes conditions. La météo était idéale. La nuit à 7500 m fut normale, c'est-à-dire quasiment sans dormir, de nombreuses sorties pipi, etc!

Le 29 septembre nous quittâmes les tentes à 5h15 du matin, au levé d'un superbe jour, avec très peu de vent et un ciel bleu intense. La montée fut plaisante, agréable avec le soleil qui nous réchauffait. La vue était absolument fantastique et un peu avant midi nous étions sur la cime du sommet centrale du Shishapangma, à 8013 m. La température était si agréable que je pouvais enlever mes gants pour prendre des photos et changer de film! J'avais déjà depuis longtemps rangé mon bonnet et ne portait sur la tête qu'un foulard pour me protéger du soleil!!! Quatre d'entre nous atteignirent le sommet ce jour là, Frédéric Roux, guide de montagne de Verbier, Babak «Bob» Mazarei, un télémarkeur, aussi de Verbier, Ivan Vuarambon, architecte à Genève ainsi que moi-même, organisateur de l'expédition. Nous étions accompagnés par deux Sherpas. La descente au C-III fut sans histoires, Ivan et moi continuâmes jusqu'au C-II et tout le monde arriva au CBA le jour suivant.

Quelques jours plus tard, après repos et soirées tardives bien arrosées au CBA, cinq participants rentraient à Kathmandu et en Suisse pendant que nous nous déplacions vers Tingri pour retrouver quatre autres personnes pour le Cho Oyu. Notre camion nous déposa au Camp de Base où nous croisâmes de nombreuses autres expéditions qui rentraient de cette énorme montagne, battus par des froids extrêmes et de très forts vents. Ils avaient tous l'air très fatigués, démoralisés et surtout très sceptiques quant à nos chances de réussite.

Le 12 octobre nous sommes donc arrivés au CBA après deux jours de marche d'approche, un petit trek très agréable, qui me replongeait dans mes vieux souvenirs. En effet, c'est ici qu'en 1985 je faisais mon premier trek himalayen, en rejoignant Namche Bazaar au Népal depuis Tingri, traversant ainsi la frontière tibéto-népalaise de façon totalement illégale! C'est le même chemin montant au col du Nangpa La que nous suivions maintenant pour rejoindre le CBA, magnifiquement perché à 5700 m face au Nangpa La.

Profitant de l'acclimatation du Shishapangma, le 14 octobre, Frédéric Roux, Yves Lambert, Laurent Boiveau et moi-même partîmes pour le sommet. Le soir même nous dormions au C-I à 6400 m, un lieu très venté sur une arête.

Au matin, Yves décida d'abandonner: il n'était toujours pas arrivé à se débarrasser d'une petite bronchite qui lui tenait depuis plusieurs semaines, et qui l'avait déjà empêché de monter plus haut que le C-I au Shishapangma. Nous sommes donc montés à un bon rythme jusqu'au C-II, situé sur un grand replat au pied de la pente sommitale, à 7100 mètres, les conditions de vent étaient devenues tout à fait raisonnables et nous étions confiants.

Avec cette météo très bonne, en comparaison avec ce que les autres expéditions avaient subi ici avant notre arrivée, nous décidâmes de tenter le sommet le lendemain directement depuis le C-II, sans établir de C-III. Ceci nous évitait l'effort d'un portage et d'une nuit de plus à 7500 m, avec tout ce que cela implique comme inconfort, dépense physique et psychique et ainsi comme risque en cas de changement de temps.

Le 16 octobre, Laurent avait passé une mauvaise nuit et ne se sentait pas au top. Pour lui c'était comme si à chaque fois qu'il atteignait la cote 7000 il était complètement «assommé». Frédéric et moi avons donc quitté les tentes à 3h15 du matin, pendant que Laurent se reposait au chaud. Une fantastique mais très longue montée nous amena donc au sommet du Cho Oyu, à 8201 m, que nous atteignîmes un peu avant midi. Nous ne y sommes restés qu'un moment car le vent était quand même assez fort et le froid se faisait sentir. Vers 15h00, nous étions de retour au C-II, 1100 mètres plus bas.

Le lendemain matin, le vent rugissait à nouveau et nous avions la très forte impression d'avoir été très chanceux! Mais il faut savoir forcer la chance au bon moment et notre instinct nous avait réussi! Après avoir renforcé les ancrages des tentes pour les autres participants qui étaient toujours en train de s'acclimater plus bas, nous sommes redescendus le 17 octobre au CBA. C'était pour nous maintenant deux semaines de repos et de farniente en basse altitude, à 5700 m!

Le 28 octobre, deux autres participants de notre expédition, la dernière présente sur la montagne en cette fin de saison, atteignirent le sommet par une journée parfaite. Dire que 2 semaines plus tôt plus de 20 équipes peuplaient le CBA! Nous étions non seulement vernis d'avoir pu gravir le Cho Oyu dans des conditions météo quasi parfaites, mais nous l'avions eu pour nous tous seuls!

 

Sommet du Shishapangma, le 29 septembre 2001
- Nicolas Jaques, suisse, 39 ans, directeur d'Horizons Nouveaux, Verbier
- Frédéric Roux, suisse, 29 ans, guide de montagne, Verbier
- Babak «Bob» Mazarei, américain, 39 ans, skieur, Verbier
- Ivan Vuarambon, suisse, 38 ans, architecte, Genève
- Kunga Sherpa
- Tsering Dorje Sherpa

Sommet du Cho Oyu, le 16 octobre 2001
- Nicolas Jaques, suisse, 39 ans, directeur d'Horizons Nouveaux, Verbier
- Frédéric Roux, suisse, 29 ans, guide de montagne, Verbier
- Tsering Dorje Sherpa

Sommet du Cho Oyu, le 28 octobre 2001
- Laurent Lukie, français, 41 ans, guide de montagne, Megève
- Olivier Aguet, suisse, 32 ans, ingénieur, Lausanne